Guide · 9 min de lecture
J'ai acheté une contrefaçon : les recours qui existent vraiment
J'ai acheté un produit contrefait, que puis-je faire ?
Trois voies existent, et elles ne se valent pas. La plus efficace est la garantie légale de conformité : un produit contrefait n'est pas conforme au contrat, vous n'avez aucune faute à prouver, et pendant vingt-quatre mois c'est au vendeur de démontrer que le défaut n'existait pas à la livraison. La deuxième est votre moyen de paiement, utile surtout quand le vendeur est introuvable ou hors d'Europe. La troisième est le signalement aux autorités : il est utile collectivement, mais il n'obtient aucun remboursement, et l'administration l'écrit elle-même. Commencez par le vendeur, même s'il est de mauvaise foi : c'est la démarche qui a le plus de force juridique.
Mis à jour le 18 août 2026
Par quoi commencer
L'ordre compte. Beaucoup d'acheteurs commencent par leur banque parce que le chargeback est la procédure la plus connue, et laissent de côté la seule voie qui soit un droit opposable. C'est l'inverse qu'il faut faire.
La garantie légale de conformité repose sur les articles L217-3 et suivants du code de la consommation. Elle joue entre un vendeur professionnel et un acheteur consommateur, pour les défauts qui apparaissent dans les deux ans suivant la délivrance. Sa force tient à l'article L217-7 : les défauts qui se manifestent dans les vingt-quatre mois sont présumés exister au moment de la livraison, sauf preuve contraire. C'est au vendeur de prouver le contraire, pas à vous. Pour un bien d'occasion, ce délai est de douze mois.
Un point que presque personne ne cite existe pour exactement cette situation. L'article L217-30, alinéa 2, prévoit que lorsqu'une restriction découlant de la violation des droits d'un tiers, en particulier des droits de propriété intellectuelle, empêche ou limite l'utilisation du bien, la nullité du contrat peut être encourue. C'est le texte qui relie explicitement contrefaçon et anéantissement de la vente.
Vous n'êtes pas non plus tenu d'accepter une réparation ou un remplacement. L'article L217-14, alinéa 2, permet d'exiger immédiatement la résolution du contrat lorsque le défaut est assez grave pour la justifier. Réparer ou remplacer un faux n'a aucun sens, et c'est précisément le cas que cet alinéa vise.
Les trois premières démarches
Écrire au vendeur, en recommandé
Aucun formalisme n'est imposé, mais la preuve de réception fait toute la valeur de la démarche. Datez les faits, visez les articles L217-3, L217-5 et L217-14 alinéa 2, demandez le remboursement et fixez un délai. Mentionnez l'article L242-4 : il prévoit des majorations automatiques si le remboursement tarde.
Saisir votre moyen de paiement
En parallèle, pas après. Les délais courent depuis l'achat ou la livraison, jamais depuis la fin de votre discussion avec le vendeur. Deux d'entre eux sont courts et méconnus : PayPal n'accorde que trente jours après la livraison pour un produit non conforme, et l'article L133-1-1 du code monétaire et financier ramène le délai d'opposition à soixante-dix jours lorsque la banque du bénéficiaire est établie hors de l'Espace économique européen, ce qui est le cas de la plupart des sites de contrefaçon. Attendre une réponse qui ne viendra pas fait expirer ce recours.
Signaler, sans en attendre un remboursement
SignalConso alimente les contrôles de la répression des fraudes et transmet votre signalement à l'entreprise. Il ne vous fera pas rembourser, et l'administration l'indique explicitement. Faites-le, mais jamais à la place des deux démarches précédentes.
Ce qui ne fonctionne pas, et pourquoi
Le chargeback est la procédure la plus citée et la plus mal comprise. Ce n'est pas un droit. La fiche pratique de la DGCCRF publiée le 22 décembre 2025 l'écrit sans ambiguïté : cette prestation de service n'est pas imposée par la loi, elle est offerte librement par la marque de paiement, et ses conditions varient. Votre banque n'est donc pas tenue de l'engager, et son refus n'ouvre aucun recours, hors saisine du médiateur bancaire.
L'autre confusion porte sur l'article L133-18 du code monétaire et financier, qui impose un remboursement au plus tard à la fin du premier jour ouvrable. Il ne s'applique qu'aux opérations non autorisées. Or l'article L133-6 définit l'opération autorisée par le consentement du payeur : commander un produit et saisir ses coordonnées bancaires vaut consentement au transfert de fonds. Recevoir un faux est un litige sur la qualité du bien, pas un défaut d'autorisation du paiement. La Banque de France le confirme dans ses recommandations de mai 2023, qui excluent expressément les litiges commerciaux du périmètre de la fraude aux moyens de paiement.
Enfin, le règlement européen sur les services numériques est régulièrement présenté comme créant un droit au remboursement contre les plateformes. Il n'en crée aucun. Il impose de retirer, d'informer et de tracer les vendeurs. L'argent se récupère sur le terrain contractuel, contre le vendeur, ou par le moyen de paiement.
Idée reçue
Le chargeback est un droit : ma banque doit me rembourser si j'ai reçu une contrefaçon.
En réalité
La DGCCRF écrit que cette prestation n'est pas imposée par la loi et relève d'une offre contractuelle des marques de paiement. La banque n'est pas tenue de l'engager. Le seul droit opposable en cas de non-livraison est l'article L216-7 du code de la consommation, qui impose au vendeur de rembourser sous quatorze jours.
Les délais, et celui que tout le monde se trompe
Trois délais coexistent et se confondent souvent. Le délai de rétractation de quatorze jours en vente à distance, sans motif à donner. Le délai de garantie de deux ans depuis la délivrance. Et la prescription du vice caché, qui est de deux ans à compter de la découverte du défaut.
Ce dernier point est l'erreur la plus répandue des guides français, qui annoncent presque tous cinq ans. Deux arrêts de chambre mixte de la Cour de cassation du 21 juillet 2023 ont tranché : l'action doit être exercée dans les deux ans de la découverte du vice, sans pouvoir dépasser un délai butoir de vingt ans à compter de la vente.
En pratique, pour une contrefaçon, la garantie de conformité reste presque toujours plus avantageuse que le vice caché : la présomption de vingt-quatre mois joue en votre faveur et vous n'avez aucune expertise à financer. Le vice caché sert de voie de repli au-delà de deux ans après la délivrance, ou lorsque le vendeur n'est pas un professionnel.
Un détail qui rassure et que peu de gens connaissent : l'article L217-28 suspend la garantie pendant les négociations amiables. Discuter avec le vendeur ne consomme donc pas votre délai.
Les délais utiles
Vérifié au 18 août 2026. Les règles diffèrent selon le pays de l'acheteur ; celles-ci valent en droit français.
| Recours | Délai | Point de départ |
|---|---|---|
| Rétractation à distance | 14 jours | Réception du bien |
| Garantie de conformité | 2 ans | Délivrance du bien |
| Présomption favorable à l'acheteur | 24 mois | Délivrance (12 mois pour l'occasion) |
| Vice caché | 2 ans, et non 5 | Découverte du vice, butoir de 20 ans |
| Remboursement après non-livraison | 14 jours | Résolution du contrat |
Quand le vendeur est hors d'Europe
C'est le cas le plus fréquent en matière de contrefaçon en ligne, et celui où la plupart des dispositifs cessent de fonctionner. Autant le dire d'emblée plutôt que d'envoyer les gens dans une impasse.
La médiation de la consommation ne s'applique pas : l'article L611-1 vise un professionnel établi dans un État membre. Le Centre européen des consommateurs ne traite pas non plus les litiges avec des vendeurs hors Union européenne. Et la répression des fraudes indique elle-même qu'elle ne peut ni contacter ni enquêter sur une entreprise située à l'étranger.
Restent deux leviers réels. Le premier est votre moyen de paiement, mais avec un délai à surveiller de près : l'article L133-1-1 le ramène à soixante-dix jours lorsque le prestataire du bénéficiaire est établi hors de l'Espace économique européen, alors qu'il est de treize mois dans le cas général. C'est précisément la situation des sites de contrefaçon, et ce délai expire souvent pendant que l'acheteur attend une réponse du vendeur. Le second est la plateforme qui a hébergé la vente : le règlement sur les services numériques l'oblige à publier l'identité et l'adresse du vendeur tiers sur la fiche produit, ce qui permet au moins de savoir à qui vous avez affaire.
Si vous avez payé par virement, soyez conscient que la marge est mince. L'article L133-8 rend l'ordre irrévocable une fois reçu, et toute récupération dépend de l'accord du bénéficiaire. C'est précisément pour cette raison que les sites frauduleux poussent au virement.
Ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas
Nous vérifions la traçabilité documentaire d'un achat. Concrètement, nous demandons formellement au vendeur les documents d'approvisionnement du produit que vous avez acheté, et nous rendons compte de sa réponse, y compris lorsqu'il n'en donne aucune. Un vendeur qui s'approvisionne régulièrement dispose de ces documents et les produit sans difficulté.
Nous ne sommes ni un laboratoire d'authentification, ni un service juridique, ni un intermédiaire de paiement. Nous ne nous prononçons pas sur l'authenticité d'un objet à partir de photographies, et nous ne récupérons pas votre argent à votre place.
Ce guide décrit des voies de recours en droit français à la date indiquée. Il ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit sur votre situation. Si votre achat est ancien, vérifiez la date de conclusion du contrat : plusieurs règles ont changé au 1er janvier 2022.
Questions fréquentes
Puis-je être poursuivi pour avoir acheté une contrefaçon ?
L'article L716-10 du code de la propriété intellectuelle punit la détention de marchandises contrefaisantes, mais uniquement lorsqu'elle est « sans motif légitime ». L'article L716-9, plus sévère, ne vise que les actes commis en vue de vendre, fournir ou louer, donc pas l'acheteur final. Nous n'avons trouvé aucune décision publiée condamnant un consommateur de bonne foi pour un article unique acheté pour son usage personnel. Le risque augmente nettement avec la quantité, la revente et l'importation répétée. Exercer la garantie légale contre le vendeur, en revanche, ne vous expose à rien et documente votre bonne foi.
La garantie légale s'applique-t-elle si j'ai acheté à un particulier ?
Non. L'article L217-1 exige un vendeur professionnel. C'est une limite importante que beaucoup de guides passent sous silence, et elle concerne directement les plateformes de seconde main. Restent le vice caché, le dol si le vendeur savait, et la nullité prévue par l'article L217-30. À noter qu'un particulier qui vend de façon habituelle et lucrative peut être requalifié en professionnel, auquel cas la garantie redevient applicable.
Le vendeur ne répond plus. Que se passe-t-il ?
Son silence ne suspend pas vos droits, et l'article L217-28 suspend même la garantie pendant les négociations. Si le remboursement tarde, l'article L242-4 prévoit des majorations qui jouent de plein droit, sans décision de justice : cinq pour cent après dix jours de retard, dix pour cent après vingt jours, vingt pour cent après trente jours, cinquante pour cent après soixante jours. Mentionner ce barème dans votre mise en demeure est souvent plus efficace qu'une menace générale.
Faut-il porter plainte ?
Il faut distinguer les dispositifs. SignalConso alimente les contrôles de la répression des fraudes mais n'est pas une plainte et n'obtient aucun remboursement. THESEE permet de déposer une véritable plainte en ligne, notamment pour les faux sites de vente. Perceval enregistre les fraudes à la carte bancaire et produit un récépissé utile auprès de votre banque. PHAROS reçoit les signalements de contenus illicites. Aucun de ces canaux ne vous rembourse.
Mon colis a été bloqué à la douane. Dois-je répondre ?
Répondez avec prudence, car la réponse la plus intuitive est celle qui vous expose le plus. Le règlement européen 608/2013 prévoit que si vous vous opposez à la destruction, votre nom et votre adresse peuvent être communiqués au titulaire de la marque. Sans opposition de votre part, le silence vaut consentement à la destruction au bout de dix jours ouvrables et le dossier se clôt sans que votre identité soit transmise par ce canal. Vous perdez la marchandise dans les deux cas.
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Sources
- Code de la consommation, articles L217-3 à L217-30 (garantie légale de conformité)
- Code de la consommation, article L242-4 (majorations en cas de remboursement tardif)
- Cour de cassation, chambre mixte, 21 juillet 2023, n° 21-17.789 (délai du vice caché)
- DGCCRF, fiche pratique sur la rétrofacturation (chargeback), 22 décembre 2025
- Code monétaire et financier, article L133-6 (consentement à l'opération de paiement)
- SignalConso, obtenir un remboursement ou résoudre son problème